Pays-Bas : empêtré dans un scandale, le gouvernement démissionne

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Pour ne pas perturber la lutte contre la pandémie, le Premier ministre libéral Mark Rutte a d'ailleurs indiqué qu'il restait en poste afin de gérer les affaires courantes. La crise qui a emporté vendredi l'exécutif néerlandais tombe particulièrement mal. Bien sûr, il ne lui restait que deux mois à vivre avant les législatives programmées le 17 mars.

Des milliers de familles ont été accusées à tort de fraude aux allocations familiales, avant d'être contraintes de les rembourser, ce qui a plongé une partie d'entre elles dans de graves problèmes financiers.

Un rapport d'enquête parlementaire accablant publié en décembre a établi que des fonctionnaires ont mis fin aux allocations de milliers de familles accusées à tort de fraude entre 2013 et 2019, avant de les contraindre à restituer de façon rétroactive les allocations perçues sur plusieurs années, soit dans certains cas des dizaines de milliers d'euros. La démission a dans un premier temps été rejetée par Mark Rutte qui a du plier après que les partis de la coalition se soient réunis afin d'évoquer le sujet.

De hauts responsables politiques, dont plusieurs ministres en fonction, sont accusés d'avoir préféré fermer les yeux sur des dysfonctionnements dont ils avaient connaissance. Les autorités fiscales utilisaient notamment un profilage ethnique avec comme critère la double nationalité (11 000 familles concernées) ou le lieu d'habitation pour la sélection de fraudeurs potentiels, selon un rapport de la commission d'enquête parlementaire. Le système politique néerlandais permet l'existence d'un " gouvernement démissionnaire", qui peut s'occuper des affaires en cours dans l'attente de la formation d'un nouveau gouvernement ou de la tenue d'élections. Une poignée de personnes a hué Mark Rutte, alors qu'il quittait à vélo le siège du gouvernement après avoir annoncé sa démission. En 2017, son parti était arrivé premier devant celui du député d'extrême droite Geert Wilders. Une annonce qui intervient à quelques semaines seulement des élections législatives.

Le souverain néerlandais a déjà pris acte de la démission et a demandé au gouvernement de continuer à prendre toutes les décisions jugées nécessaires pour l'intérêt du pays.

La démission du gouvernement dans son ensemble est, elle, une première depuis 2012, lorsque le premier cabinet dirigé par le même Mark Rutte avait été dissous en raison de divergences sur les mesures d'austérité. L'avocat des victimes Vasco Groeneveld a déposé mardi une plainte à l'encontre de trois ministres en poste et deux anciens ministres, dont M. Asscher.

Plusieurs parents concernés ont mis en ligne lundi une vidéo dans laquelle ils appelaient le gouvernement à démissionner. En décembre, le gouvernement néerlandais avait annoncé vouloir verser au cours des quatre mois suivants au moins 30 000 euros à chaque parent concerné, mais cela n'a pas suffi à dégonfler le scandale.

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