Municipales : des responsables politiques demandent un report du second tour

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Le Premier ministre pourrait se voir opposer une large coalition au second tour, ce qui handicaperait son maintien à Matignon.

Si l'on ose dire, tout s'est passé comme prévu. Au lendemain d'annonces inédites du Premier ministre visant à endiguer la pandémie, les électeurs ont été majoritaires à éviter les bureaux de vote.

Voici les principaux résultats du premier tour des élections municipales marquées par une forte abstention dans le contexte exceptionnel de l'épidémie de coronavirus. Mais la participation (38,77 %), en baisse de 16 points à 17 h, par rapport à 2014, laisse présager un scrutin historique en termes d'abstention. Une différence énorme, qui souligne que le gouvernement est loin d'avoir rassuré l'opinion quant à la pertinence de sa décision et aux risques encourus.

Quelques ministres sortent la tête du lot: Gérald Darmanin et Franck Riester, très largement élus au premier tour, respectivement à Tourcoing et à Coulommiers.

Au Havre, le Premier ministre Edouard Philippe est en tête avec 43% devant son adversaire communiste Jean-Paul Lecoq. "Il est clair que l'annonce du premier ministre, samedi soir à 19h40, du stade 3 a créé un mouvement de panique", a déploré l'élu vendéen. Le "nouveau monde" macroniste en 2017 ne s'installe pas à l'échelon local.

Conséquence du point précédent: les "vieux partis", Républicains et socialistes, bousculés depuis 2017, tiennent leurs positions. Beaucoup de leurs sortants sont confortés. "Il faut donc considérer comme acquises les nombreuses élections qui ont vu les candidats être élus au premier tour [dont plusieurs candidats RN, NDLR] et reporter les autres qui devront se tenir dans quelques mois quand l'épidémie sera jugulée". C'est le cas d'Anne Hidalgo à Paris qui obtient près de 30% des voix.

Le parti à la rose tient bon dans ses nombreux bastions. Le vieux monde a encore de beaux restes, et ils sont municipaux.

La candidate LR à Marseille Martine Vassal, confrontée à une dissidence, est au coude-à-coude avec la gauche.

La percée écologiste était elle aussi dans l'air. L'abstention avait été de 57,57 % au scrutin européen de 2014, et même de 59,37 % en 2009.

A Lyon, la liste de l'écologiste Gregory Doucet arrive largement en tête, devant celle du LR Etienne Blanc et la liste LREM de Cuchera, sur laquelle se trouve Gérard Collomb, selon une estimation.

À Strasbourg, la candidate écologiste Jeanne Barseghian (EELV) arrive en tête du premier tour avec 26,7% des voix, devançant Alain Fontanel (LREM, 20,6%). Ou à Grenoble, où le sortant Eric Piolle (44,6%) réalise plus du double du score de son concurrent de droite, Alain Carignon (20,5%). - Le RN en tête à Perpignan - Le fait marquant est pour l'heure à mettre au crédit du Rassemblement national qui semble bien parti pour conquérir Perpignan, puisque le candidat Louis Aliot était en tête à 36%.

Dans une déclaration télévisée, Marine Le Pen, présidente du RN, a jugé dimanche que "le second tour n'aura manifestement pas lieu compte tenu de l'aggravation prévisible de l'épidémie". Plusieurs présidents de région ainsi que le député LFI, François Ruffin, et le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, ont aussi réclamé ce report. Des appels qui vont évidemment se multiplier dans les prochaines heures. Sous pression, Edouard Philippe, dimanche soir, a suspendu la décision de l'exécutif à une consultation, en début de semaine, avec les autorités sanitaires et les responsables des partis politiques. Ainsi commence ce singulier entre deux tours, qui n'en sera peut-être pas un.

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