Coup d'Etat en Birmanie, la dirigeante Aung San Suu Kyi arrêtée

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L'armée a renversée le gouvernement et décrété l'état d'urgence pour un an.

Ce coup d'Etat intervient alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session ce lundi. Les militaires ont également proclamé un état d'urgence d'un an et nommé Myint Swe, qui dirigeait le puissant commandement militaire de Rangoun et actuel vice-président de Birmanie, au poste de président par intérim. Des habitants de Rangoun se sont précipités sur les marchés afin de faire des stocks de biens alimentaires et produits de première nécessité. Selon des témoins, des dizaines de soldats ont été déployées devant la mairie de Rangoun et les services de téléphonie mobile de la ville, dont les connexions internet, ne fonctionnaient plus.

De manière concomitante, l'accès à Internet a été perturbé dans le pays.

Tôt dans la matinée de lundi, Aung San Suu Kyi et le président de la République, Win Myint, ont été arrêtés.

"Je veux demander aux gens de ne pas réagir imprudemment et je veux qu'ils agissent dans le respect de la loi", a dit Myo Nyunt par téléphone à Reuters, ajoutant s'attendre à être lui aussi placé en détention. Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a appelé de son côté l'armée birmane "à libérer tous les responsables du gouvernement ainsi que les dirigeants de la société civile et à respecter la volonté du peuple de Birmanie tel qu'exprimé lors des élections démocratiques du 8 novembre". Le scrutin de novembre a été remporté par la NLD d'Aung San Suu Kyi avec 83 % des voix.

Il s'agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte.

Le gouvernement japonais a appelé les militaires birmans à libérer Aung San Suu Kyi et à rétablir la démocratie dans le pays après un coup d'Etat sans effusion de sang.

Le gouvernement australien a demandé la libération immédiate des responsables politiques arrêtés illégalement. Ils accusent la commission électorale de ne pas avoir remédié aux "énormes irrégularités" qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), au pouvoir depuis les élections de 2015.

L'image de Suu Kyi sur la scène internationale a toutefois été ébranlée par la campagne de répression lancée par l'armée birmane en 2017 contre la minorité musulmane des Rohingya.

Le contrôle "législatif, administratif et judiciaire" revient à Min Aung Hlaing, qui concentre désormais quasiment tous les pouvoirs. Par la suite, l'armée avait semblé faire machine arrière, assurant samedi qu'elle respecterait et protégerait la Constitution, "sans être parvenu pour autant à un accord" avec la NLD, précisait le week-end dernier le magazine Frontier Myanmar. En amont de l'entrée en fonction de la nouvelle législature, des chars d'assaut avaient été déployés la semaine dernière dans certaines rues tandis que des manifestations en soutien à l'armée avaient été organisées dans plusieurs villes.

En 2015, la LND avait obtenu une large majorité et avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l'armée qui contrôle trois ministères clés (l'Intérieur, la Défense et les Frontières).

Ils exigeaient que la commission électorale dirigée par le gouvernement publie la liste des électeurs à des fins de vérification - ce qu'elle n'a pas fait.

"À moins que ce problème ne soit résolu, cela va entraver le chemin vers la démocratie et doit donc être résolu conformément à la loi", dit le communiqué, citant une disposition de la Constitution relative à l'état d'urgence en cas de menace pour la souveraineté nationale.

Plus d'une dizaine d'ambassades, dont celle des États-Unis et la délégation de l'Union Européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à "adhérer aux normes démocratiques", rejoignant l'ONU dans un chœur d'inquiétudes internationales sur un possible coup d'État. "C'est encore un rappel que l'absence prolongée d'engagement crédible et constant des Etats-Unis dans la région a enhardi les forces antidémocratiques".

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