1000 personnes manifestent contre l'interdiction de diffusion des images des policiers — Bordeaux

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Nouvelles prérogatives pour les polices municipales, montée en puissance de la sécurité privée, répression durcie contre les agresseurs de forces de l'ordre et pour la diffusion d'images des policiers ou gendarmes: voici le large éventail de mesures de la proposition de loi sur la "sécurité globale". Cette proposition des députés Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot sur la "sécurité globale" fait bondir les défenseurs des libertés publiques. Parmi les dispositions défendues, figure le cas sensible des images permettant d'identifier les forces de l'ordre en intervention.

Mais pour la majorité, le dernier versant du texte sera sans conteste le plus périlleux avec l'examen d'une série de mesures sécuritaires, pour lesquelles la place Beauvau a tenu la plume afin d'apaiser les syndicats policiers.

Le conseil des droits de l'Homme de ONU s'inquiète, comme le relate Le Monde, de l'usage de la surveillance vidéo par des drones en manifestation, une "méthode particulièrement intrusive" et "susceptible d'avoir un effet dissuasif sur des individus qui se trouvent dans l'espace public et qui souhaiteraient participer à des réunions pacifiques". Si elle passe, la diffusion d'images de policiers ou de gendarmes en action pourra faire l'objet de poursuites pénales, si ceux-ci sont rendus identifiables et dans le but de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychique. Sophie Mazas, avocate elle aussi et présidente de la Ligue des droits de l'Homme dans l'Hérault, est catégorique: "C'est une loi qui permet la reconnaissance faciale systématique pour la personnes filmées par les caméras portatives de la police". Pour le socialiste Hervé Saulignac, "même Sarkozy n'était jamais allé aussi loin". Et selon Jean-Christophe Lagarde (UDI), "cet article est mal fichu, il est à réécrire". Le député LREM Saïd Ahamada a annoncé son intention de voter contre cet article qui jette "un doute illégitime sur toutes les interventions policières".

Les LREM ne pourront pas compter sur leurs alliés du MoDem qui veulent supprimer la disposition. Selon M. Fauvergue, elle "n'impose pas un floutage". La restriction ne vise par ailleurs pas le numéro de matricule, dit "RIO" - qu'un policier ou un gendarme doit arborer en intervention.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait semé la confusion vendredi en plaidant pour un durcissement du texte.

"Si vous voulez diffuser sur Internet de façon sauvage (.), vous devrez faire flouter les visages des policiers et des gendarmes", avait déclaré le ministre.

À l'appel des syndicats de journalistes et associations de défense des droits de l'Homme, les Français manifestent dans la crainte que la proposition de loi fasse obstacle à ce que les journalistes et citoyens filment les forces de l'ordre déployées pour contenir les rassemblements. L'enjeu: dénoncer le projet de loi dit "sécurité globale" débattu dès ce mardi 17 novembre en première lecture à l'Assemblée Nationale.

Mais interrogé mardi à l'Assemblée nationale, il s'est borné à soutenir la mesure et le gouvernement ne déposera pas d'amendement sur l'article 24. "Demain on ne pourra plus faire de directs, alors que l'image est là pour établir la vérité", a dénoncé Emmanuel Poupard, du Syndicat national des journalistes (SNJ).

" C'est non seulement la liberté d'exercer la profession de journaliste qui est en question mais plus largement la liberté d'informer, de s'exprimer et de manifester", estime notamment le Club de la Presse de Bordeaux.

Des "gilets jaunes" se sont également invités à ce rassemblement pour marquer leur opposition à cette loi, alors que ce mardi marque le deuxième anniversaire de leur mouvement.

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