L'inquiétante disparition de Maria Kolesnikova, figure de la contestation en Biélorussie — International

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Pourquoi Maria Kolesnikova a-t-elle été arrêtée?

Lundi soir, le sort de l'opposante inquiétait aussi Londres et Berlin. Ils ont fait, eux, le choix de quitter leur pays.

Ils assurent que Mme Kolesnikova a été pratiquement jetée du véhicule, sous-entendant que ses camarades s'étaient débarrassés d'elle. "Ni Anton, ni Ivan, ni Maria n'avait l'intention de partir à l'étranger", a déclaré une source anonyme de l'opposition à l'Agence de presse russe Interfax, relayée par Kommersant. "Kolesnikova est actuellement détenue ", a confirmé le porte-parole des gardes-frontières biélorusses, Anton Bytchkovski. Pour écarter les figures les plus en vue de l'opposition, le régime du président contesté use aussi d'une autre tactique: le départ forcé. "Les Etats-Unis, en coordination avec nos partenaires et nos alliés, envisagent des sanctions ciblées supplémentaires pour favoriser la prise de responsabilité de ceux impliqués dans la violation de droits humains et la répression au Bélarus", a-t-il ajouté.

La France a condamné "les arrestations arbitraires et les pratiques d'exils forcés", et appelé à faire toute la lumière sur le cas de Maria Kolesnikova. L'ONG Amnesty International a appelé à " la libération immédiate " de l'opposante et à " la fin de la campagne d'intimidation et de persécution politique " en Biélorussie.

Reconnaissable à ses courts cheveux platine, cette flûtiste professionnelle et polyglotte est devenue une icône de l'opposition par hasard cet été, quand le candidat dont elle était la directrice de campagne a été incarcéré. Maria Tikhanovskaïa doit s'exprimer mardi, par visioconférence depuis son exil en Lituanie, devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, tandis qu'Alexandre Loukachenko doit s'exprimer dans une interview. "Mon peuple, ma nation ont besoin d'aide", a dit Mme Tikhanovskaïa, dont une collaboratrice a disparu à son tour mardi selon son équipe de campagne.

Selon la police, 633 manifestant.e.s ont été interpellé.e.s à l'issue de la manifestation massive de l'opposition dimanche 6 août. Pour le quatrième weekend consécutif, une foule record de plus de 100 000 personnes s'est rassemblée à Minsk, malgré un impressionnant déploiement des forces de l'ordre et de l'armée dans la capitale.

"Au total, 633 personnes ont été interpellées hier pour infraction à la loi sur les événements de masse", a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, ajoutant que 363 d'entre elles restaient en détention provisoire dans l'attente de l'examen de leurs dossiers par les tribunaux. L'Union européenne, qui n'a pas reconnu les résultats de l'élection présidentielle du 9 août, avait annoncé des sanctions contre les responsables de la répression biélorusse.

Agée de 38 ans, flûtiste professionnelle, Maria Kolesnikova est revenue vivre à Minsk, sa ville de naissance, l'an dernier, après avoir passé douze ans à Stuttgart, où elle a suivi des études de musique. Proeuropéenne, elle est aussi engagée pour les droits des femmes.

"Maria est de bonne humeur, prête au combat, elle ne nie pas les actes dont on l'accuse", a déclaré à l'AFP son avocate, Lioudmila Kazak: "Elle confirme qu'elle a déchiré exprès son passeport pour rester au Bélarus".

Dans un entretien au Figaro publié le 17 août, elle réclamait de nouvelles élections estimant que "La société biélorusse a changé très vite". Un peu plus tôt, " des membres cagoulés des forces de sécurité ont traîné des étudiants biélorusses hors des rues et les ont embarqués dans des fourgons ", rapporte Challenges.

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