Le Cameroun assure vouloir rester "maître de son destin" — "Pression" de Macron

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" Je vais appeler la semaine prochaine le président Biya et on mettra un maximum de pression pour que cette situation cesse " Cette petite phrase de Emmanuel Macron, prononcée samedi 22 février 2020 au Salon de l'Agriculture, en réponse à la question d'un activiste de la Brigade anti-sardinards (Bas) sur la situation en zone anglophone, a irrité à Yaoundé. "M. Macron, le Cameroun n'est pas un Dom-Tom", "M. Macron mêle-toi de tes oignons", pouvait-on lire sur certaines pancartes. "Le président Macron est tombé dans l'émotion que lui a transmis son interlocuteur", pense l'internationaliste Christian Pouth.

Le président français a réagi après avoir été interpellé samedi à Paris par un activiste camerounais qui l'exhortait à condamner des violences attribuées à l'armée camerounaise dans l'Ouest anglophone du pays.

"Nous sommes ici pour riposter aux propos de Macron parce qu'il a manqué de respect à notre patriarche (Paul Biya)", a expliqué un manifestant, Souley Aboubakar, président d'une des associations des jeunes partisans de Paul Biya, à l'origine de ce rassemblement.

Le président camerounais " est comptable de son action devant le seul peuple camerounais souverain et non devant un dirigeant étranger, fut-ce un ami", a-t-il assuré, indiquant que pour accomplir sa mission, le chef de l'Etat camerounais " n'a pas besoin, pour ce faire, de pression extérieure ". "Nous ne sommes pas une province de la France".

Rappelons que le 14 février peu avant l'aube, des hommes armés environs 40 à 50 portant tous des uniformes de l'armée et certains masqués, selon des témoignages recueillis par des travailleurs humanitaires contactés par l'AFP - ont attaqué le quartier de Ngarbuh, dans le village de Ntumbo, puis ont tué par balle et brûlé des habitants.

Dès le 23 février, le gouvernement camerounais assurait qu'il voulait "rester maître de son destin".

Pour le site d'information Cameroonvoice, "c'est le Macron profond qui a parlé". Dans la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a aussi révélé avoir déjà fait pression sur le président Paul Biya pour obtenir la libération de son principal opposant Maurice Kamto.

" C'est une communication paternaliste et infantilisante ", analyse le politologue Mathias Eric Owona Nguini. Alors que la presse camerounaise dénonce "une conversation surréaliste".

Emmanuel Macron s'attendait-il à cette explosion de colère? Dans son échange avec l'activiste camerounais qui sollicitait son intervention, le président français avait tenu à lui expliquer que la France avait un rôle compliqué en Afrique.

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