Amazon parvient à brider le Pentagone

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WASHINGTON, 13 février (Reuters) - La justice américaine a accepté jeudi une requête d'Amazon visant à interdire provisoirement au département américain de la Défense d'exécuter le contrat conclu avec Microsoft, pour un montant pouvant atteindre 10 milliards de dollars (9,22 milliards d'euros), sur la fourniture de services d'informatique dématérialisée. "Nous sommes déçus par ce délai supplémentaire, mais nous pensons qu'au final nous pourrons aller de l'avant et accomplir le travail nécessaire pour que ceux qui servent notre pays puissent utiliser les nouvelles technologies dont ils ont besoin, de façon urgente", a réagi Frank Shaw, vice-président de Microsoft en charge de la communication.

Le contrat qui s'étale sur une période de dix ans, vise à faire basculer les systèmes informatiques du Pentagone sur le cloud.

Janelle Poole, porte-parole de Microsoft, estime que: "nous avons confiance dans le personnel qualifié du ministère de la défense, et nous pensons que les faits montreront qu'ils ont mené un processus détaillé, approfondi et équitable pour déterminer les besoins du Pentagone et que Microsoft était l'entreprise la plus à même de les satisfaire".

Elle a aussi ordonné à Amazon de déposer 42 millions de dollars au cas où son injonction ait été rendue de manière erronée. Cette semaine, le groupe s'est attaqué directement au président américain et à d'autres hauts responsables du ministère, exigeant qu'ils s'expliquent en personne sur cette attribution.

Jeff Bezos, le patron d'Amazon, est la cible fréquente d'attaques virulentes de la part du président républicain, notamment en raison de son investissement dans le Washington Post, un des journaux parmi les plus critiques de M. Trump et de son gouvernement.

Outre Trump, Amazon voudrait aussi entendre l'ex-ministre de la Défense James Mattis, l'actuel ministre de la Défense Mark Esper, ainsi que Dana Deasy, en charge de l'IT au Pentagone. L'ancien secrétaire d'Etat américain à la Défense a déclaré que Donald Trump lui avait dit "d'envoyer paître Amazon" lors d'une discussion sur ce contrat.

Pour Amazon, l'enjeu est de taille: il s'agit de continuer à dominer un secteur que la firme de Seattle a en bonne partie lancé et qui connaît une très forte croissance. Le contrat JEDI, qui fut en fin de compte attribué à Microsoft, revêtait une valeur de plusieurs milliards de dollars. Le marché avait été remporté en octobre par Microsoft, face au favori Amazon Web Services (AWS), après des mois d'âpres négociations, et déjà plusieurs recours et protestations de la part de sociétés écartées de la compétition comme IBM et Oracle.

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