Ouverture du procès Preynat à Lyon — Pédocriminalité dans l’Eglise

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Accusé d'attouchements sexuels sur mineurs entre 1971 et 1991, l'homme de 74 ans a fait des aveux glaçants à la barre, tout en minimisant les faits devant plusieurs de ses victimes.

"Je savais bien que ces gestes étaient interdits (.) D'ailleurs c'était en cachette", admet-il, droit à la barre, les bras le long du corps et la voix un peu cassée.

Oui, c'est vrai, ça m'apportait un plaisir sexuel.

Bernard Preynat s'est excusé auprès d'eux, a dit être "assommé" par la révélation des conséquences de ses comportements déviants. A Sainte Foy, au Portugal, ou en Irlande, le prêtre répétait le même processus (caresses, baisers, étreintes) sur ses victimes qui sont désormais chiffrées au nombre de trente-cinq. Au lieu de dire que j'étais malade - j'aurais préféré qu'ils m'aident - ils m'ont envoyé dans un autre séminaire. Comme par exemple quand l'une d'entre elles, Benoit Repoux, raconte comment il "le serrait très fort contre lui, mettait sa tête à hauteur de son sexe". Il réfute encore. Et quand la même victime évoque "plus d'une cinquantaine d'agressions commises en deux ans", le septuagénaire se fâche presque.

Le procès se poursuivra ce mercredi 15 janvier, avec l'étude des faits décrits par les dernières des dix victimes présentes, avant que des experts ne viennent donner au tribunal leurs conclusions sur la personnalité pour le moins complexe de Bernard Preynat.

Preynat dément. "Je reconnais toutes les agressions dans le cadre du scoutisme mais pas quand il était enfant de chœur (.). Je n'accuse pas les gens de mensonge mais je ne me souviens pas", se défend l'ancien prêtre. "Je ne reconnais aucune agression à son encontre", rétorque vivement le prévenu.

"J'ai beaucoup de choses à dire à Preynat et beaucoup de choses me reviennent avec ce procès", a déclaré l'un des plaignants, Pierre-Emmanuel Germain-Thill.

"L'audience reprend", a annoncé la présidente Anne-Sophie Martinet face à une salle comble, avec pour fond sonore un rassemblement d'avocats qui manifestaient comme lundi contre la réforme des retraites dans la salle des pas perdus. Un rythme qu'il a tenté de minimiser dans l'après-midi. "Avant de parler de " l'enfer " qu'il a fait vivre ensuite à ses parents (les seuls à avoir alerté les autorités ecclésiastiques sur les faits subis par leur fils), à toute sa famille, " la violence " qui l'habitait, son adolescence " très difficile, très compliquée ".

Pour la première fois, François Devaux, parle aussi de sa "tentative de suicide ".

" A chaque fois que j'étais désigné enfant de chœur (ndlr, au collège de la Favorite dans lequel Bernard Preynat était aumônier), j'y passais " , confie-t-il. "Ma responsabilité, c'est que cela ne se reproduise plus", relève celui qui, avec La Parole Libérée, est parvenu à faire comparaître l'archevêque de Lyon Philippe Barbarin devant la justice pour ses silences sur les actes de Preynat.

Exclu par ses pairs en juillet dernier, Bernard Preynat a exprimé dès l'ouverture des débats sa volonté de transparence, en assumant les faits qui lui sont reprochés, dont il a tardé à mesurer la gravité. Un acte de contrition, qu'il répète à plusieurs reprises. "J'en ai fait la promesse au cardinal Decourtray".

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