Le sud de l'Irak à feu et à sang, 28 manifestants tués

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Le bilan des deux mois de contestation inédite contre le pouvoir politique a dépassé les 400 morts, indiquent l'AFP et Reuters, citant des sources médicales et policières.

"Sur la place Tahrir [à Bagdad], où les manifestants antigouvernementaux ont dressé un camp depuis plus de deux mois, l'annonce de la démission du Premier ministre a donné lieu à des scènes de liesse", rapporte le site d'Al-Jazira.

Le 24, les manifestations réclamant " la chute du régime " reprennent, à la veille du premier anniversaire de l'entrée en fonction du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi. Quelques heures après que la plus haute autorité chiite du pays a appelé ce dernier à lui retirer sa confiance.

Ce soutien de poids et l'agitation politique qu'il a aussitôt suscité n'ont toutefois pas pu arrêter la spirale des violences qui se poursuit dans le sud agricole et tribal, où le chaos menace depuis que des combattants tribaux se sont montrés en armes pour protéger les manifestants à Nassiriya alors que des hommes en civil ont ouvert le feu sur la foule à Najaf. Ces violences interviennent dans la foulée des manifestations qui secouent le pays des deux fleuves, et qui ont fait, en deux mois, au moins 350 morts et plus de et 15.000 blessés. Dans les rues et en travers des autoroutes, les manifestants expriment leur colère dans un épais nuage de fumée noire: ils brûlent des pneus pour tenter de bloquer tout mouvement et toucher ainsi le gouvernement au seul endroit qui peut lui faire du mal, l'or noir et ses précieux revenus.

Dans un communiqué, il précise que sa décision est une réponse directe à un appel au changement lancé dans la matinée par le grand ayatollah Ali Al-Sistani.

Les forces de sécurité ont pris des mesures après que les manifestants eurent incendié le consulat iranien dans la ville pendant la nuit - le siège de l'autorité religieuse chiite irakienne et l'emplacement du sanctuaire vénéré Imam Ali, où est enterré le gendre du prophète Muhammad.

Mais malgré "l'usage excessif de la force" dénoncé par la Commission gouvernementale irakienne des droits humains, les manifestants à Nassiriya ne se replient pas.

Ce jour-là, les tirs ininterrompus et les courses-poursuites entre manifestants et forces de l'ordre, emmenées par des militaires tout juste dépêchés par Bagdad pour "restaurer l'ordre", se sont déchaînés.

Jeudi, 46 manifestants ont été tués et un millier d'autres blessés.

Les manifestants, eux, se disent déterminés à en finir avec le système politique conçu par les Américains après la chute en 2003 de Saddam Hussein.

Et surtout, le pouvoir est sous la mainmise de l'Iran, qui a pris l'avantage face aux Etats-Unis, et de son puissant émissaire, le général Qassem Soleimani.

Dans le pays, l'un des plus riches en pétrole du monde, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et les infrastructures sont délabrées alors qu'en 16 ans, l'équivalent de deux fois le PIB s'est évaporé dans les poches de politiciens et d'entrepreneurs véreux.

Revenant à la charge, le turbulent leader chiite irakien Moqtada Sadr a prévenu que si le gouvernement ne démissionnait pas, "ce serait le début de la fin de l'Irak". Pourtant le pays est paralysé depuis des semaines: dans le Sud, les écoles sont fermées depuis des semaines.

Jusqu'ici toutefois, ils n'ont atteint ni la production ni la distribution de pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90% des recettes d'un gouvernement surendetté.

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