Edouard Philippe demande un second vote à l'Assemblée — Huile de palme

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C'est un amendement qui a provoqué la fureur des écologistes et embarrassé la majorité. Celle-ci a donc fait marche arrière dans la soirée de vendredi en maintenant son exclusion de la liste des biocarburants. Vous n'avez pas suivi cette affaire? Elle très utilisée par les industriels, des carburants aux cosmétiques en passant par l'alimentation, car elle n'est pas chère à cultiver (et donc à acheter), mais aussi car elle résiste très bien à la cuisson et constitue un bon liant pour les préparations alimentaires.

Malgré son succès, l'huile de palme est décriée. Cette exploitation, selon les écologistes, menace également la biodiversité des forêts tropicales mondiales et certaines espèces comme les orangs-outans.

C'est en plein examen du budget pour l'année 2020 que les députés ont pris cette décision le jeudi 14 novembre.

L'Assemblée nationale a voté jeudi, sans débat, le report à 2026 de l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants qui bénéficient d'un avantage fiscal. L'amendement controversé était d'ailleurs cosigné par des élus Modem, LREM et LR du département concerné. En effet, aucun débat n'a eu lieu dans l'hémicycle.

Le rapporteur général de la commission des finances le haut alpin LREM Joel Giraud a émis comme hier soir un avis défavorable, rappelant notamment que le conseil constitutionnel avait retoqué le recours de Total contre l'amendement voté il y a un an qui instaurait la fin de la niche fiscale en 2020.

Côté écologistes, l'association France nature Environnement (FNE) a dénoncé "un chantage à l'emploi mené par Total autour de l'usine de La Mède, usine dont la légalité est débattue en justice suite à une plainte".

Et de dénoncer un "désastre environnemental" causé, selon elle, par la production extensive d'huile de palme: "Chaque jour, des milliers d'hectares sont brûlés pour faire pousser ces palmiers déforestant une grande partie de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique". Il a donc été déjugé par sa propre majorité.

Cet amendement n'a pourtant pas été soutenu par Joël Giraud, rapporteur général LREM. La vice présidente du groupe LaREM, Bénédicte Peyrol, a dit qu'il s'agissait d'"une erreur à rattraper ". En octobre, Patrick Pouyanné avait demandé "à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d'un avantage fiscal jusqu'en 2030".

La raffinerie de La Mède, l'une des plus grandes d'Europe, a démarré début juillet, employant directement 250 personnes. Selon Total, elle doit traiter 650 000 tonnes d'huiles et graisses par an et s'approvisionner en huile de palme "durable et certifiée" à hauteur de 300 000 tonnes au maximum.

Face au tollé, le Premier ministre Édouard Philippe a réclamé vendredi un second vote de l'Assemblée.

Les députés ont annulé à une écrasante majorité (58 à 2) lors d'une nouvelle délibération les effets du vote litigieux et sans le moindre débat de jeudi, qui était favorable au groupe Total. La seconde délibération " permettra aux parlementaires de nourrir un débat à la hauteur de l'enjeu", a expliqué l'entourage du chef du gouvernement.

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