Pour Emmanuel Macron, l'Otan est en état de "mort cérébrale"

Share

"Ce que nous connaissons en ce moment, c'est un Otan en état de mort cérébrale", a déclaré le président français dans un entretien accordé depuis l'Elysée à The Economist le 21 octobre et publié jeudi 7 novembre.

"Vous n'avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis avec les partenaires de l'Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l'Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination", souligne le président de la République dans cette interview à paraître vendredi, évoquant l'intervention militaire turque en Syrie.

" Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech (acronyme de l'organisation État islamique)".

"C'est quoi l'Article 5 demain?". Si le régime de Bachar el-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager?

"Parmi les commentaires les plus pessimistes faits récemment par un dirigeant d'une puissance européenne de l'Otan" (The Washington Post), un avis affirmé avec "brutalité" (El Pais), "un pavé dans la mare" (The Irish Times), "les pieds dans le plat" (Le Soir), "des vues sombres" (The New York Times): les propos d'Emmanuel Macron sur l'Otan ont autant surpris dans les rédactions que dans les cabinets gouvernementaux. "Et c'est ce qui s'est passé", déplore Emmanuel Macron. Le paradoxe, c'est que la décision américaine (de retrait du nord de la Syrie) et l'offensive turque dans les deux cas ont un même résultat: "le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces démocratiques syriennes (FDS)", regrette-t-il. L'Otan en tant que système ne régule pas ses membres.

Lors d'une conférence de presse, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a emboîté le pas du Président en expliquant que "les règles (budgétaires, NDLR) ont été faites à un moment donné dans les années 90 à l'orée du traité de Maastricht et qu'il convient de se les poser. Et d'autre part, rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie".

"Je ne crois pas dramatiser les choses, j'essaye d'être lucide", souligne le chef de l'État, qui pointe trois grands risques pour l'Europe: qu'elle ait "oublié qu'elle était une communauté", le "désalignement" de la politique américaine du projet européen, et l'émergence de la puissance chinoise "qui marginalise clairement l'Europe".

Le président français estime d'abord que "l'Europe a oublié qu'elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché, avec une téléologie qui était l'expansion".

Ensuite, les États-Unis, qui restent "notre grand allié", regardent cependant désormais "ailleurs", vers "la Chine et le continent américain", estime le chef de l'État.

Pour la première fois, dit-il au sujet de Donald Trump, "nous avons un président américain qui ne partage pas l'idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet". "Nous avons besoin de plus d'expansionnisme, de plus d'investissement".

Share