Décès du journaliste d'investigation Pierre Péan à l'âge de 81 ans

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Pierre Péan, journaliste d'investigation brillant, écrivain de talent, biographe de François Mitterrand et de Jacques Chirac, est décédé jeudi 25 juillet au soir, à l'âge de 81 ans, nous apprend L'Obs.

Le journaliste Pierre Péan, enquêteur chevronné ayant pour sujets de prédilection l'Afrique, les médias et la face cachée des personnalités politiques, avec notamment le passé trouble de l'ex-président socialiste François Mitterrand pendant l'occupation nazie, est mort.

Impressionnant les professionnels qui l'ont rencontré, Pierre Péan assumait devant eux son statut de " patron " de la presse d'investigation, catégorie que, par coquetterie, il disait ne pas aimer à cause de son côté trop inquisitorial. Ils avaient signé ensemble son dernier livre, " Comme ils vivaient ", une enquête sur le génocide méconnu des Juifs de Lituanie, parue en 2018 au Seuil. Avec Christophe Nick, il signe une grande enquête sur la première chaîne de télévision française " TF1, un pouvoir " en 1997.

Mais Pierre Péan était sûrement connu pour le contenu de ses enquêtes et les révélations choc qu'elles apportaient. Pour la première fois le président socialiste s'exprime sur son appartenance à la droite pétainiste avant son action dans la Résistance. Et il revendiquait d'enquêter librement, de sa propre initiative, sans se laisser dicter ses thèmes par des procédures judiciaires ou des modes médiatiques. Ce fils de coiffeur de l'est de la France, passé par l'AFP, L'Express, Le Canard Enchainé, mais toujours jaloux de son indépendance, s'était fait connaître pour ses enquêtes, dont certaines ont marqué l'histoire politique française contemporaine jusqu'à passer aujourd'hui à la postérité. Il s'agit de diamants que l'empereur Bokassa de Centrafrique aurait offerts au président d'alors Valéry Giscard d'Estaing. Le scandale aura un grand retentissement à deux ans de l'élection présidentielle. Il révèle la face cachée de grands médias ou des personnalités politiques comme Bernard Kouchner, Jean-Marie Le Pen... "C'était quelqu'un de simple, mais qui n'hésitait pas à s'attaquer à de grosses machines", et cela lui avait valu "une extraordinaire sympathie de la part du public", a confié à l'AFP Jean Grégor.

En 1983, ce tiers-mondiste dans l'âme publie Affaires africaines (Fayard, 1983), sur les relations entre la France et le Gabon (Nouvelles affaires africaines: Mensonges et pillages au Gabon, Fayard, 2014) et l'homme de la Françafrique Jacques Foccart (L'homme de l'ombre, Fayard, 1990).

"Ma méthode est exclusivement fondée sur le temps, expliquait celui qui s'est aussi intéressé aux grands médias avec son livre " TF1, un pouvoir"(avec Christophe Nick) et son enquête "La Face cachée du Monde " (2003, avec Philippe Cohen) qui met à mal la réputation du quotidien français le plus respecté". Il reviendra sur les sujets africains avec le génocide rwandais (dans Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et une nuits, 2005), où certains de ses propos sur les Tutsis feront polémique.

C'était un géant, c'était le temps long contre l'immédiateté, comprendre mais pas juger.

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