La crise à son paroxysme — Urgences

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Mais au-delà des demandes, "le malaise est profond" assure François Braun.

Le personnel hospitalier davantage malade que ses patients? Une manifestation nationale est prévue jeudi 6 juin à Paris, dans l'après-midi, après la venue d'Agnès Buzyn au congrès des urgentistes. Entamée dès le mois de décembre dernier, une grève a, depuis, essaimé dans des dizaines d'établissements partout en France.

Tout a commencé à l'hôpital de Lons-le-Saunier, dans le Jura, fin 2018. Le projet de fermeture de l'une des deux lignes du service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) suscite alors une levée de boucliers au sein de l'établissement. Si le catalyseur du conflit n'a rien à voir, les causes des problèmes et les doléances, elles, sont similaires: le manque d'effectifs et de moyens, moult fois dénoncés par les urgentistes. Réunis en assemblée à la Bourse du travail de Paris le 25 mai, les services grévistes, soutenus par les syndicats CGT, FO et SUD, combinent des revendications locales (par hôpital) et centrales (lire encadré).

Ainsi, un collectif de chercheurs en sciences humaines et sociales, dont, entre autres, l'économiste Thomas Piketty, appelle dans les colonnes de Libération "à soutenir la grève des services d'urgence et exhorte les pouvoirs publics à prendre les revendications au sérieux ".

Un nouveau palier a été franchi la semaine dernière, lors du week-end de l'Ascension. "Nous sommes trois le jour et trois la nuit en ce moment, cela devient absolument insupportable".

A Paris aussi, une quinzaine d'infirmiers et d'aides-soignants de l'équipe de nuit des urgences de Lariboisière se sont fait porter pâle et ne se sont pas présentés dans la nuit de lundi à mardi. L'argument revient, encore et toujours: "Les équipes sont épuisées". "L'action des personnels des urgences Lariboisière est juste et témoin du ras-le-bol". Je travaille depuis 11 ans aux urgences, je n'ai jamais été dans cet état.

" On ne peut pas faire mieux avec moins ", affirme Patrick Pelloux, emblématique président de l'Amuf, qui juge nécessaire un débat au Parlement sur les urgences. "Ils ont réveillé tout le monde", raconte à Europe 1 Marie, infirmière. Et en rentrant chez moi, j'ai trouvé les gendarmes, avec une nouvelle réquisition pour le lendemain matin. Alors que ce jour-là devait être son jour de repos.

Le gouvernement n'en tire pas la même analyse, puisque Agnès Buzyn a déclaré mardi 4 juin que ces arrêts ne sont pas normaux. Mais a également fustigé un "dévoiement de ce qu'est un arrêt maladie". "En général, les soignants en grève viennent soigner avec un brassard pour assurer la continuité des soins. Je pense que ce n'est pas bien, ça entraîne une surcharge de travail pour les autres". Nous l'avons vu à Lons-le-Saunier, ce sont les ambulanciers, ce sont les pompiers, ce sont les médecins libéraux qui ont pris en charge tous les patients.

Des propos qui ont fait bondir le collectif Inter-Urgences. "Je vais leur faire des propositions", a-t-elle ajouté.

Sibeth Ndiaye les a assurés sur RTL de "toute la solidarité du gouvernement", disant "comprendre aujourd'hui ce qu'est leur colère, parfois leur désespoir".

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