Affaire Strache : la vidéo qui a fait exploser l'extrême-droite autrichienne

Share

En cause, la publication vendredi soir d'une vidéo tournée à Ibiza montrant son chef Hans-Christian Strache ainsi que son bras droit Johann Gudenus, en train de négocier le financement illégal du parti auprès d'une prétendue oligarque russe. Il en résultait que les services de renseignement autrichiens ne recevaient plus les informations les plus sensibles de leurs collègues européens et américains, de peur que celles-ci ne soient partagées avec le FSB russe.

La présidente du Rassemblement national s'est étonnée de la diffusion, en amont des européennes, d'une vidéo qui a conduit le chef de la formation nationaliste autrichienne FPÖ, à démissionner du parti et à quitter ses fonctions de Vice-chancelier.

Sur l'échiquier politique autrichien, la partie prend une tournure inattendue à dix jours des élections européennes.

Plusieurs responsables européens ont estimé que le scandale frappant le FPÖ devait être un avertissement pour les partis tentés par un rapprochement avec l'extrême droite. Tel est le bilan de la journée politique agitée en Autriche, samedi 18 mai, conclue par la prise de parole du chancelier autrichien Sebastian Kurz, chef du parti conservateur.

Une démission et des élections.

Comme Wolfgang Schüssel dans les années 2000, Sebastian Kurz aura plus fait pour assécher le populisme dans son pays que l'establishment français en trente-cinq années de postures moralisatrices.

L'incertitude demeure sur la possibilité de voir s'installer un gouvernement intérimaire après la rupture au sein de la coalition entre les conservateurs de l'ÖVP et le Parti de la liberté, d'extrême droite. Sa stratégie de renouvellement et de droitisation contrôlée de son parti, qui a notamment repris le thème central de l'immigration et de l'intégration dans un pays où 19% de la population est d'origine extra-autrichienne, a certes créé la controverse dans un pays qui n'y est pas habitué, mais elle a aussi permis à temps d'enrayer l'exode des électeurs de droite traditionnels vers le FPÖ. Les partis d'opposition autrichiens ont exigé la démission du vice-chancelier.

Face aux possibles répercussions de cette affaire sur le scrutin européen, la cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen, alliée du FPÖ, a pris ses distances avec l'ex dirigeant autrichien auquel elle a reproché une "faute lourde". Pourtant, l'expérience d'une extrême droite de gouvernement avait là aussi tourné court, avec des élections anticipées qui avaient consacré un reflux historique pour l'extrême droite, un résultat qui parait également probable en 2019.

"Assez est assez", a déclaré le chancelier Kurz à propos de ce scandale et de l'attitude de son partenaire d'extrême droite qui "porte atteinte à la politique du changement (.) et à l'image" de l'Autriche.

Share