Le cardinal Pell ne "doit pas servir de bouc émissaire" (juge) — Australie

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"Le juge s'est exprimé pendant plus d'une heure, ce qui est long pour le simple prononcé d'un délibéré", décrit le journaliste, qui rappelle qu'il s'agit d'un "jugement assez historique dans la mesure où il condamne le personnage le plus haut placé dans l'Église catholique pour des faits de pédophilie".

Le cardinal Pell, vêtu d'une chemise noire, sans son habituel col romain, est resté impassible, les mains croisées sur les genoux, alors que le juge décrivait avec force détails difficiles à entendre les agressions "incroyablement arrogantes" commises contre les garçons. Avant de rendre sa sentence, le juge Peter Kidd a indiqué au tribunal de Melbourne qu'il avait non seulement tenu compte du viol perpétré par le prélat de 77 ans, mais aussi de sa vie irréprochable et de son âge avancé. Il a d'ailleurs fait appel de sa condamnation.

Le prélat a toujours clamé son innocence.

"Il existe un degré de dégradation et d'humiliation supplémentaires en ce que chacune des victimes savait que l'autre était témoin des abus", a déclaré le juge. Il avait aussi révélé les répercussions inimaginables des actes posés par l'homme de Dieu sur les victimes.

Le prélat est très connu en Australie où il comptait parmi ses amis des Premiers ministres et des magnats de l'industrie.

Partout dans le monde, l'Eglise catholique a été minée par une vague de scandales de pédophilie. "A mes yeux, votre conduite était empreinte d'une arrogance sidérante", a-t-il ajouté, soulignant la "culpabilité morale élevée" du cardinal.

Le cardinal "a droit à une justice équitable", a martelé le magistrat, regrettant la "mentalité de meute" d'une partie de l'opinion publique. Selon lui, il sera difficile pour le cardinal "de se plaindre d'une sentence trop dure".

Pour rappel, c'est en décembre dernier que le procès du prélat avait démarré du côté de Melbourne. Sa défense argue que le verdict est "déraisonnable" et que la décision se fonde sur le témoignage de la seule des deux victimes encore en vie, qui plus est sur des faits vieux de plus de deux décennies. Il est reconnu coupable d'agressions sexuelles contre deux enfants de chœur, des crimes "éhontés" aux yeux du juge. Ce nouveau procès se tiendra les 5 et 6 juin prochains. Ce n'est que fin février que le "black-out" a été levé, après l'abandon d'autres poursuites contre le prélat sur des faits présumés dans une piscine de Ballarat (sud de l'Australie), dans les années 1970.

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