Journaliste disparu : l'Arabie saoudite autorise une fouille de son consulat à Istanbul

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"Nous attendons une enquête approfondie et une transparence totale de la part des autorités saoudiennes sur ce qui s'est passé", a déclaré, à Lisbonne, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, à l'issue d'une rencontre avec le ministre portugais des Affaires étrangères, Augusto Santos Silva, a rapporté l'AFP.

Depuis la Maison Blanche, M. Trump a indiqué que Washington avait parlé "plus d'une fois" avec le pouvoir saoudien. La chaîne publique turque en langue anglaise TRT World a révélé hier que les enquêteurs sont convaincus que plusieurs Saoudiens, arrivés à Istanbul le jour même de la disparition du journaliste, seraient repartis en emportant les images de vidéosurveillance du consulat. Une camionnette noire est visible, garée à proximité.

Le quotidien progouvernemental Sabah avait révélé mardi que deux avions privés étaient arrivés d'Arabie saoudite à Istanbul ce jour-là et que les personnes à leur bord avaient des chambres réservées dans des hôtels proches du consulat. Des sources turques ont affirmé ce week-end que le journaliste avait été assassiné dans le consulat, ce que l'Arabie saoudite dément. Ce mercredi, des images de vidéosurveillance filmées aux abords du bâtiment ont été diffusées par des chaînes de télévision turques.

Les images suivantes montrent un van entrer dans le consulat puis en ressortir et se rendre à 15h08, selon 24 TV, à la résidence du consul toute proche.

Sur les images, M. Khashoggi apparaît, entrant dans le consulat à 13 h 14. Autre élément dérangeant: en dépit de l'hypothèse d'un assassinat violent émis par des officiels turcs dans des journaux internationaux, certains médias turcs proches du gouvernement en place ont assuré que la police était toujours en train d'explorer la piste du simple enlèvement.

L'éditorialiste saoudien est l'un des principaux critiques du pouvoir de Ryad, et sa disparition fait craindre un véritable assassinat. Ce mardi 9 octobre, sous la condition de l'anonymat le plus complet, des officiels turcs ont fait filtrer dans la presse internationale force détails sordides sur les circonstances de la mort du journaliste. Selon la chaîne, ils ont quitté l'hôtel dans la matinée pour se rendre au consulat puis sont repartis dans la soirée.

Le Saoudien s'était exilé en 2017 aux États-Unis, après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé "MBS".

Le quotidien publiait par ailleurs mercredi les noms, l'âge et les photographies de quinze hommes présentés comme l'" équipe d'assassinat " dépêchée par Ryad.

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Le nom de l'une de ces personnes, Salah Muhammed Al-Tubaigy, correspond à celui d'un lieutenant-colonel du département saoudien de la médecine légale.

Elle a appelé les autorités saoudiennes, conduites par le roi Salman et le prince héritier, Mohammed bin Salman, à manifester leur intérêt pour l'affaire et à publier les images des caméras de surveillance au consulat.

Déplorant une réaction américaine timorée, Sarah Margon, de l'organisation Human Rights Watch, estime que Washington "dispose des outils pour répondre rapidement, c'est une question de volonté politique". "Depuis septembre dernier, plus d'une quinzaine d'entre eux ont été arrêtés en Arabie saoudite dans la plus grande opacité: dans la plupart des cas, leur arrestation n'a jamais été officiellement confirmée, et leur lieu de détention ou les charges retenues contre eux n'ont pas été non plus rendus publics", poursuit l'ONG.

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