Médias: Une journaliste bulgare tuée après avoir été violée

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Le corps de la jeune femme âgée de 30 ans, frappée à la tête et étranglée, a été découvert samedi dans un parc de la ville, d'après le procureur régional.

Alors qu'elle venait de présenter à la télévision bulgare une enquête sur des soupçons de fraude aux subventions européennes, Viktoria Marinova a été retrouvée morte, sauvagement agressée, dans le nord du pays.

La commission européenne a d'ailleurs annoncé lundi saisir l'OLAF, l'office européen de lutte contre la fraude, sur des allégations d'escroquerie aux fonds européens en Bulgarie. Une demande également relayée par le site d'investigation bulgare Bivol.bg animé notamment par Dimitar Stoyanov, le journaliste récemment interviewé par l'animatrice. Les enquêteurs examinent toutes les pistes, liées tant à sa vie personnelle que professionnelle.

Ce meurtre sordide a aussitôt provoqué une pluie d'indignation dans tout le pays.

Cette situation alarmante a conduit de nombreux observateurs à faire le lien dimanche entre le meurtre de la journaliste et ses activités professionnelles.

Le représentant pour la liberté des médias à l'OSCE, Harlem Desir, se dit "choqué" par le meurtre d'une "journaliste d'investigation", appelant à une "enquête complète et rigoureuse", dans un message sur Twitter.

" RSF exhorte les autorités à mener une enquête sérieuse et approfondie pour identifier les auteurs de cet odieux homicide ", a déclaré dimanche l'ONG, par la voix de son secrétaire général, Christophe Deloire.

"La mort de Viktoria est une exécution faite pour servir d'exemple", accuse au contraire le cofondateur du site bulgare d'investigation Bivol.bg, Assen Yordanov, dont les journalistes, régulièrement menacés, avaient été reçus dans la dernière émission de Mme Marinova.

La Bulgarie est située au 111e rang du classement établi par RSF sur la liberté de la presse, ce qui en fait le pays membre de l'UE le plus mal placé. Il a ajouté que ses collègues et lui craignaient désormais pour leur sécurité, avant de décrire Viktoria Marinova comme une journaliste " disciplinée, ambitieuse, allant jusqu'au bout et habitée par un grand sens de la justice ". Elle avait notamment donné la parole à des personnes en souffrance, confrontées à des problèmes de violences conjugales, d'alcoolisme ou de handicap.

Le Premier ministre de centre droit Boïko Borissov a assuré qu'en raison des preuves rassemblées, l'élucidation du crime ne serait "qu'une question de temps". Dans son dernier rapport, RSF soulignait la difficulté pour les journalistes bulgares d'exercer leur métier dans de bonnes conditions, car devant faire face à des "oligarques exerçant un monopole médiatique et à des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé". Selon l'Association des journalistes européens, basée en Bulgarie, les journalistes de médias régionaux et locaux sont particulièrement exposés. La fréquence des cas de violences contre les femmes est également un phénomène préoccupant dans le pays.

Deux veillées en hommage à la journaliste sont prévues le 8 octobre au soir à Sofia (la capitale) et Ruse.

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