L'extrême droite s'indigne des "problèmes d'urnes" | Amérique latine — Présidentielle au Brésil

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Celui qui caracolait en tête des intentions de vote depuis des semaines et se disait convaincu d'être élu président dès le 1er tour a recueilli 46,46 % des voix, selon des résultats quasi-définitifs (98% des bulletins dépouillés) publiés dans la soirée.

En 2ème position, avec 25%, arrive Fernando Haddad, 55 ans, qui a remplacé pour le Parti des Travailleurs (PT, gauche) l'ex-président Lula -emprisonné pour corruption et inéligible. "Nous allons réclamer au Tribunal supérieur électoral (TSE) des solutions". "Nous voulons unir les démocrates de ce pays", a déclaré Haddad.

Dans une analyse, le grand quotidien de São Paulo affirme que ce premier tour est "une gifle pour la politique traditionnelle, qui devra se réorganiser", et que le rejet de l'"establishment", en germe dans les manifestations monstres de 2013, avait été "sous-estimé". "C'est un peu décevant, on espérait gagner au 1 tour", a ainsi confié Lourdes Azevedo, 77 ans, dans le bar d'un hôtel de Rio où le candidat s'apprêtait à prendre la parole".

Mais si Bolsonaro a conquis près de la moitié des votants, le chemin vers la victoire au second tour, le 28 octobre, est encore long. "C'est incroyable que le Parti des travailleurs ait réussi à obtenir autant de voix, avec tout ce qui s'est passé au Brésil ", a déploré Amilton junior, un professeur de 36 ans. Son slogan: "Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous". Tous ont exprimé l'espoir que ce scrutin apporte le " changement " dans un Brésil rongé par une crise économique et politique aiguë, une violence endémique et d'innombrables scandales de corruption.

Député d'extrême droite de 63 ans, cet ex-militaire nostalgique de la dictature peut compter sur l'appui de plusieurs personnalités, notamment d'anciennes gloires du sport ou de joueurs en activité. Il a aussi bénéficié d'un fort sentiment anti-PT, au pouvoir de 2003 à 2016. "On en a assez de la corruption". À Rocinha, une immense favela de Rio, Antonio Pereira Moraes, 49 ans, a voté pour l'ancien militaire: " Le Brésil a besoin d'un changement, il y a beaucoup de choses à faire que les autres n'ont pas faites", a-t-il dit.

Grièvement blessé lors d'un attentat, Jair Bolsonaro a mené la danse depuis son lit d'hôpital dans une campagne qui s'est radicalisée à l'approche du scrutin, avec des discours souvent haineux. "Il n'a pas d'équipe, pas de projet", avait averti en votant M. Haddad. "Il reste trois semaines avant le second tour", a-t-il dit.

Dès lundi, l'un et l'autre vont justement essayer d'être plus consensuels en nouant des alliances vers le centre, très convoité.

Ciro Gomes (PDT, centre gauche) n'a que 13 à 15% des intentions de vote, alors qu'il est le mieux à même de battre Bolsonaro au 2e tour.

"Ca serait une catastrophe s'il passait", déclare à l'AFP José Dias, qui attend de voter dans une école du nord de Brasilia.

Ses électeurs se recrutent dans toutes les couches sociales et parmi les jeunes, qui n'ont pas connu la dictature (1964-85).

Si la présidentielle peut faire basculer le Brésil dans une ère inconnue, les élections des gouverneurs et des assemblées des 27 Etats, des 513 députés de la Chambre basse et des deux tiers des 81 sénateurs également prévues dimanche ne devraient en revanche pas transformer radicalement le paysage politique.

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