Le cri d'alarme du Giec pour limiter la hausse à 1,5 degré

Share

Le message des scientifiques est transmis: les gouvernements du monde ont approuvé samedi, en dépit de contestations saoudiennes, le dernier bilan du Giec sur le dérèglement climatique, qui montre de forts impacts au-delà de 1,5°C de réchauffement.

Après quelques âpres discussions, notamment avec l'Arabie Saoudite, pour valider le texte du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le rapport spécial sur le réchauffement planétaire de 1,5°C, qui a été approuvé par les gouvernements, est publié lundi 8 octobre à 10 heures à Incheon en Corée du Sud (3 heures du matin en France). "Ce sera une contribution scientifique clé pour la conférence de Katowice [COP24 en décembre prochain, ndlr] sur le changement climatique", indique le GIEC.

Le niveau des mers, si l'on s'en tient à +1,5°C, aura gagné 26 à 77 centimètres d'ici 2100.

Ce recul massif d'émissions nécessaire exigera "une transition rapide et de grande portée en matière d'énergies, d'usage des sols, de transports, bâtiment et systèmes industriels", un mouvement "sans précédent" car impliquant tous ces secteurs à la fois.

Selon plusieurs participants, l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, contestait un chapitre faisant référence aux engagements pris à Paris par les Etats pour réduire leurs émissions et soulignant leur insuffisance globale si le monde veut rester à 1,5°C.

Pour la climatologue Valérie Masson-Delmotte, c'est "un constat lucide et difficile: la politique des petits pas ça ne suffit pas".

"Limiter le réchauffement à 1,5°C est possible dans le cadre des lois de la chimie et de la physique mais pour y parvenir, il faudra des changements sans précédent", a déclaré Jim Skea, co-président du groupe de travail du GIEC. À +1 °C, 4 % de la surface terrestre changera d'écosystème; à +2 °C, ce sera 13 %.

Les répercussions sur les espèces sera moindre à +1,5 °C: moins de feux de forêts, de perte de territoires, d'espèces invasives. A long terme, l'instabilité de la calotte antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées vers +1,5/2°C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir. La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5°C qu'à +2, de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine, estime encore le rapport, qui décrit aussi des risques accrus pour les ressources en eau, la sécurité alimentaire ou la santé.

L'industrie devra réduire ses émissions de CO2 de 75 à 90 % d'ici 2050 par rapport à 2010 (en comparaison à de 50 à 80 % pour 2°), les transports devront passer aux énergies bas carbone (de 35 à 65 % en 2050, contre moins de 5 % en 2020).

Les énergies renouvelables devraient passer de 20 à 70 % de la production électrique au milieu du siècle, la part du charbon serait réduite à poussière, la demande d'énergie devra baisser, l'efficacité énergétique, croître.

Dépasser le seuil de +1,5, pour faire redescendre le mercure plus tard au cours du siècle a été envisagé par les experts du Giec. Si le coût paraît élevé, les scientifiques soulignent que le prix à payer de l'inaction serait bien plus terrible.

Share