La banque centrale turque relève ses taux

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La banque centrale de Turquie a relevé jeudi son principal taux d'intérêt de 625 points de base, à 24%, dépassant les attentes des marchés qui plaident pour une telle mesure afin de lutter contre l'inflation. Un dollar s'échangeait mercredi à 6,37 livres turques, après s'être échangé jusqu'à 7 livres en août au coeur de la crise entre Ankara et Washington, marquée par des sanctions réciproques.

Les investisseurs s'attendent à ce que la banque de Turquie annonce une hausse de son principal taux directeur à 11h00 GMT.

Sur fond de tensions diplomatiques avec Washington et l'effondrement de la monnaie nationale, Recep Tayyip Erdogan a accusé les États-Unis de mener une attaque contre l'économie turque.

De nombreux experts poussaient pour une hausse significative de ce taux afin d'enrayer l'inflation, qui a frôlé les 18% en août, et la chute de la livre qui a perdu quelque 40% de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année.

Mais celle-ci est sous forte pression du président Erdogan qui prône le maintien de taux d'intérêt bas pour soutenir la croissance à tout prix.

Le chef de l'Etat, qui se présente régulièrement comme un "ennemi" des taux d'intérêt élevés, a déclaré devant un public de professionnels des marchés à Ankara que la banque centrale du pays était indépendante mais qu'il restait opposé à des coûts d'emprunt élevés. Son refus de réitérer cette mesure lors de la réunion de son comité de politique monétaire en juillet avait été très mal perçu et renforcé alors les inquiétudes quant à son indépendance. Les vendeurs et propriétaires ont 30 jours pour convertir les sommes concernées en livres turques et régulariser leur situation.

Face à une volonté du président de maintenir la croissance à tout prix, la voie pour sortir de la crise s'annonçait étroite. " La banque centrale a choisi de procéder à un ajustement brutal qui risque de casser la demande intérieure et d' entraîner le pays vers une récession ", explique Thierry Apoteker.

Il soulignait toutefois qu'en vue des élections municipales de mars 2019, M. Erdogan souhaite limiter la contraction économique, un élément pouvant élargir la marge de manoeuvre de la CBRT pour apaiser en partie le marché des devises. Avant l'annonce, Nora Neuteboom, d'ABN Amro, estimait que même une hausse de 600 points de base ne rassurerait les marchés que sur le court terme.

"Elle a d'abord besoin de stabilité (géo) politique, de ne plus avoir de conflit avec les Etats-Unis et d'un plan de réforme économique clairement défini", selon elle.

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