Le Sénat rejette la légalisation de l'avortement — Argentine

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Les pro-IVG étaient massivement rassemblés depuis mercredi matin aux abords du Congrès, brandissant les foulards verts, symbole des revendications d'avortement légal, libre et gratuit.

Le gouvernement argentin a écarté jeudi l'éventualité d'un référendum après le rejet par le parlement d'un projet de loi légalisant l'avortement, et souligné qu'un effort allait être fait sur la prévention. Quelques minutes après l'annonce des résultats du vote, des incidents isolés ont éclaté. À l'autre extrémité de la place, les mines étaient dépitées, les larmes coulaient sur les visages des partisans de la légalisation de l'avortement. Dans le détail, le texte autorise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à la 14e semaine de gestation.

Ce sont les mouvements féministes qui avaient donné ces deux dernières années un élan déterminant à la revendication du droit à l'avortement en Argentine, ce qui a conduit le président argentin de centre-droit Mauricio Macri à ouvrir le débat au parlement, pour la première fois de l'histoire du pays sud-américain.

Le vote a été accueilli par des feux d'artifice et des cris de joie parmi les militants anti-IVG rassemblés à Buenos Aires devant le Congrès, où se déroulaient les débats.

Du côté des pro-IVG, une poignée de manifestants isolés ont incendié des palettes contre une des deux rangées de grilles séparant les camps du "oui" et du "non" au projet de loi, lancé des pierres et des bouteilles sur les policiers anti-émeutes. La police a riposté par des tirs de canon à eau et de grenades lacrymogènes.

Des militants en faveur de la légalisation de l'avortement.

"Avortement légal, à l'hôpital", ont entonné sans relâche des milliers d'adolescentes et de jeunes femmes, grimées de vert, pendant que les sénateurs débattaient.

Les sénateurs argentins ont finalement bloqué ce 9 août la légalisation de l'avortement en rejetant un projet de loi qui avait été approuvé par les députés en juin.

Le Sénat est considéré comme plus conservateur que la Chambre des députés argentine car chacune des 24 provinces dispose de trois représentants quel que soit son poids démographique.

Les anti-IVG célèbrent leur victoire, près du Congrès, à Buenos Aires (Argentine), le 9 août 2018.

Dans ce pays historiquement très catholique, les sénateurs, qui représentent des régions plus excentrées et plus traditionnelles, sont réputés plus conservateurs que les députés.

Il faudra probablement attendre 2020 avant que la question de l'avortement puisse de nouveau être examinée par le parlement. D'après différentes estimations, environ 500.000 avortements clandestins sont réalisés chaque année dans le pays pour 720.000 naissances.

Alors qu'un député de la coalition gouvernementale Cambiemos (Changeons) avait mentionné l'idée d'un référendum, le chef du gouvernement Marcos Pena a réaffirmé que le débat continuerait dans un cadre parlementaire. "C'est possible qu'on le propose", a-t-il déclaré.

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