La crise diplomatique entre Ottawa et Ryad embarrasse Washington

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"Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel el-Jubeir a réaffirmé que Riyad " refuse toute ingérence dans ses affaires intérieures " et les " traitera toutes de façon déterminée ".

L'attitude du royaume illustre les limites des réformes que mène le prince héritier Mohamed ben Salman, qui s'est lancé dans un mouvement en faveur du changement social et économique sans pour autant relâcher le contrôle sur le militantisme politique. Les Nations unies ont demandé la semaine dernière la libération de militants des droits humains détenus en Arabie saoudite, notamment des femmes incarcérées pour avoir fait campagne contre l'interdiction faite aux femmes de conduire, interdiction désormais levée.

Même son de cloche de la part de David Chatterson, ancien ambassadeur canadien en Arabie saoudite, pour qui la diplomatie canadienne a échoué. "Selon un observateur de la région interrogé par L'Orient-Le Jour et qui désire rester anonyme, cette mesure punitive à l'encontre du Canada ne se serait pas produite du temps où le prince Saoud al-Fayçal, ministre saoudien des Affaires étrangères de 1975 à 2015, était en poste".

" Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer immédiatement et tous les autres activistes pacifiques des #humanrights", a tweeté le ministère des Affaires étrangères canadien vendredi.

Contrat d'armements Le Canada a préféré éviter la surenchère verbale, se contentant de déclarer, par le biais de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Marie-Pier Baril, que " nous sommes sérieusement inquiets de ces informations de presse et nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du royaume d'Arabie saoudite ".

Elle a poursuivi tout en insistant que "le Canada défendra toujours les droits de l'Homme, y compris les droits des femmes, et la liberté d'expression dans le monde".

Ryad a annoncé lundi l'expulsion sous 24 heures de l'ambassadeur canadien, le rappel de son propre représentant au Canada, et le gel des relations commerciales bilatérales. Son ambassadeur au Canada, à Ottawa, est aussi rappelé pour consultations.

" Il est plus facile de rompre les liens avec le Canada qu'avec les autres " pays, explique à l'AFP Bessma Momani, de l'université de Waterloo au Canada.

"La communauté diplomatique tout entière a été surprise par cette annonce", a déclaré à Reuters une source à Riyad. "C'est inacceptable dans les relations entre deux pays ". Le fait d'avoir un président américain, Donald Trump, qui ne cache pas son indifférence pour le respect des droits de l'homme et son goût pour l'autoritarisme, laisse une marge de manœuvre non négligeable non seulement à ses ennemis mais aussi à ses alliés. Ils réfléchiront désormais à deux fois avant d'élever la voix contre des violations de droits de l'homme en Arabie saoudite. En mai, le magazine allemand Der Spiegel rapportait que le prince héritier Mohamed ben Salman avait ordonné la suspension de tout nouveau contrat public avec des entreprises allemandes à la suite de déclarations allemandes relatives à la crise libanaise.

" Le reste du monde ne peut pas se voiler la face alors que la lutte acharnée contre les défenseurs des droits de l'homme se poursuit en Arabie saoudite", a de son côté réagi l'ONG Amnesty International dans un communiqué, appelant d'autres gouvernements à se joindre au Canada pour obtenir " la libération inconditionnelle et immédiate de tous les prisonniers de conscience ". "Si on veut ouvrir son pays au monde, on ne commence pas par expulser des ambassadeurs et geler le commerce avec des pays comme le Canada", a commenté Joost Hiltermann, de l'International Crisis Group. "Mais cela les met en difficultés vis-à-vis de leurs partenaires occidentaux".

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